Conceptuel

Je suis contacté par une galerie parisienne.

Elle veut exposer quelques pièces de la série « Boiseries » dans une expo collective. Échange de courriels, conversations téléphoniques. Je monte à Paris montrer quelques petits formats. Discussion ; accord : deux grands formats à produire.
Puis un courriel : finalement je serais pas dans l’expo. La raison : pas assez conceptuel.

Perplexité : l’art conceptuel est une chose historiquement assez bien balisée. Il ne s’agit donc pas de cela.
Il s’agit de peinture. De peinture qui doit clairement afficher une portée « conceptuelle » donc : c’est à dire une idée, claire et simplement exprimable ; une formule.
Paradoxe, car c’est bien là le contraire d’une réflexion conceptuelle, c’est à dire d’une pensée problématique, du développement méthodique d’une complexité.
Double contradiction surtout, si l’on considère que la peinture n’est précisément que cela : nœud et problématique, mais dont les termes restent irréductibles à des éléments de langage simples, dont ils seraient la traduction. J’enfonce ici des portes ouvertes, j’étale quelques lieux-communs.

J’ai été assez mauvais. Confus certainement ; et j’ai du coup raté la formulation du mode d’emploi qui dispense le regard de fragiliser la pensée, le « concept », par les fissures, les failles qu’y introduit le sensible. Par ce qui se produit en peinture.

4 réflexions sur « Conceptuel »

  1. Le goût pour la formule c’est celui de l’étiquette, le pitch commode, passe partout qui rassure le gogo-galeriste autant au fait d’Art et Langage que de l’ico Albanaise du XII siècle. Il y a juste eu un hiatus au moment du café entre un lecteur occasionnel d’Art Press et sans doute un(e) secrétaire qui aime bien les plantes vertes.
    Ils sont assurément très cons ceptuels.

    1. 😀 La secrétaire était une commissaire d’expo ; quand à la/le galeriste (gardons l’anonymat, il/elle semblait surtout préoccupé(e), justement, de pouvoir « vous inscrire dans l’histoire de l’art  » ; pour les clients/collectionneurs of course.
      Son problème était surtout que ses collègues galeristes ne lui disent pas « ouais d’accord t’as trouvé un gars qui peint des feuilles quoi … ».
      Évidemment côté histoire de l’art c’est court. (quoi que : Dürer, Tintoret, van Eyck, Breugel, Freud et quelques autres ….).

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