Neurologie

J’ai parfois l’impression de peindre pour comprendre – ou sentir – comment fonctionne mon cerveau (!).

C’est à dire saisir, par la presque inquisition du regard sur les choses, leur empilement, constitutif de la vision, constitutif du monde. Le dessin est de ce point de vue essentiel.
Sans retomber dans les vieilles oppositions dessin-pensée /vs/ couleur-passion, il reste un outil analytique qui rend perceptible ce paradoxe : la pure abstraction de la perception par quoi le monde est rendu à son existence réelle. Sans cette analyse, il n’est qu’intuition. Sa solidité, il la doit à l’image.
Sa solidité, et par voie de conséquence son opacité : ce que je vois cache et fait écran.

Mais une chose résiste à cette inquisition du regard : la distance, l’espace. Parce qu’elle échappe à la proximité du corps peut-être ? À l’intuition immédiate de la densité, de la solidité, de l’opacité des choses.

Cet au-delà est l’abstraction réelle, vécu ; elle qui n’est concevable que par l’artifice assumé de la cartographie, du relevé, de la schématisation rationnelle. Entre les deux (proximité et distance invisible), se tiens la perspective qui voudrait donner au monde la présence réelle de ce qui ne se tient que dans les choses les plus proches, à portée de main, à l’échelle de quelques pas.
Mais si la perspective fait fausse route, en masquant ce qu’elle contient de fiction et de récit, la figure proche masque, dans la représentation, sa propre abstraction ; comme toute stratégie de lisibilité.

Je dessine et je peins comme un cartographe, lorsque je tente de construire ma vision sur de semblables abstractions qui font de l’image un substitut opaque à cette réalité proche. L’image, la peinture a certainement plus de réalité que la perception dont elle se nourrit.
Je crois que Cézanne avait compris cette chose qui tord la vision pour la soumettre à la compréhension du plan.
Voilà pourquoi il m’est difficile de peindre d’après photo : on ne peut cartographier d’après un plan ; l’abstraction ne peut se nourrir d’abstraction sans une forme de redondance qui l’épuise et la rend suspecte.

Il doit y avoir là un début d’explication à mon tropisme pour les motifs complexes.

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