L’opacité du plan

Un jour, en retard pour un rendez-vous, je sors rapidement de la galerie de Offices à Florence. Dans une des dernières salles j’aperçois, d’un coup d’œil rapide et sans m’arrêter, La Vierge, l’Enfant Jésus et le petit saint Jean-Baptiste de Pontormo.

J’ai eu le sentiment de saisir instantanément ce dont il s’agissait : plan, tresse et fragment. Ou, pour le dire autrement et de façon un peu ronflante : discontinuité dans l’unité du plan. Et également ceci : l’idée d’un pur artifice exprimant quelque chose de l’ordre d’une vérité en peinture. Je me suis promis d’être concis dans ce blog ; je ne déroulerai donc pas l’analyse de cette œuvre qui m’a par la suite conforté dans mon pressentiment.

Mais cette intuition déroule à mes yeux un fil ténu depuis les Maniéristes, et Pontormo en particulier, jusqu’aux plis de Simon Hantaï et aux tressages de François Rouan en passant par les emboitements de Cézanne.

Et tout se passe alors comme si l’artifice (revendiqué) des maniéristes n’était que l’expression, tardivement réalisée en dehors de l’exigence de la représentation, voire de l’illusion, d’un état, sinon naturel (ce qui n’a pas de sens, parlant d’une pratique artistique), mais constitutif de la peinture. Un état de plan, donc, envisagé comme nœud et que l’on nommera le tableau.

Rien dans cette idée de bien innovant. Cependant, elle permet peut-être de s’interroger sur la permanence d’une pratique (la peinture) devenue de fait parfaitement anachronique, mais pourtant survivante : si la peinture résiste ainsi à l’image, c’est peut-être qu’elle reste une expérience élémentaire du plan, et en conséquence de l’opacité de l’image, contre ou en dépit de la transparence de l’illusion, de la description ou de la narration.

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