Bavardage

Il est paradoxal de revendiquer une peinture délivrée du « sujet » tout en reconnaissant l’impossibilité d’y échapper ; sauf à dire que le sujet est ce dont parle la peinture comme on dirait « de quoi ça parle ? ». Le sujet des classiques en somme, et le sujet de toute peinture qui a quelque chose à dire et pour cela se construit sur sa capacité à montrer.

Ou sauf à dire, à l’inverse, que le sujet en peinture n’est pas dans ce dont elle parle. Reste alors ce qu’elle montre et comment, dans ce silence qui peuple aussi bien la peinture de Morandi que celle de Peter de Hooch, elle se montre ; non pas sur un mode ostentatoire ou autoréférentiel, mais comme une adresse au regard. Et cette adresse signifie que le discours reste possible, ouvert sans que la peinture soit pour autant rendue bavarde.

Voilà pourquoi, peut-être, la peinture du XVIIIe siècle est si souvent chargée d’ennui : le bavardage. Et voilà pourquoi, je crois, Diderot est si pertinent lorsqu’il parle des paysages de Vernet ou du Bocal d’olives de Chardin, et si ennuyeux lorsqu’il rabat sur la peinture sa vision littéraire du tableau comme « coup de théâtre », par laquelle il assure la promotion de la peinture moralisante – et pour le coup bavarde – de Greuze.

Une pensée sur « Bavardage »

  1. Eh oui, j’approuve, j’acquiesce, j’opine, la brioche de Chardin est pleine de saveurs picturales, embaume l’essence fraîche et l’huile fine tandis que Greuze sa tombe.

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