Le problème des années 80

Les années 80. Les années de formation.

Cette période du grand « retour à la peinture » qui correspondait à la théorisation généralisée de la postmodernité, de la fin des avant-gardes, etc. et voyait la résurrection d’une peinture qui n’avait même plus peur de la figure : figuration libre, trans-avantgarde italienne, néo expressionnisme allemand. J’en passe. Nous étions imprégnés du souvenir des expressionnistes abstraits tout en regardant Schnabel et Basquiat, Kiefer et Bazelitz.

Dix ans plus tard, c’était fini : la peinture était redevenue une pratique anachronique avant de devenir presque marginale. Il fallait faire de l’installation, de la vidéo, de la performance ; et si possible les trois à la fois (je caricature à peine).

J’ai continué à peindre. Puis j’ai cessé de peindre (ou de façon très épisodique) pendant presque dix ans. Je n’ai retendu une toile qu’au début des années 2000, une fois débarrassé de l’encombrante et stérile question de la légitimité de la peinture ; une fois reconnue et acceptée également cette évidence que pourtant je tenais secrètement pour incontestable : s’il reste des peintres, malgré ce décalage ou cette marginalité, c’est que la peinture travaille ce qu’aucun autre medium ne travaille. Idée somme toute très banale.

Mais c’est ce terrain spécifique que je considère comme l’enjeu de mon travail, l’enjeu de ma « peinture sans objet ». Non pas le fantasme d’une peinture pure, d’une peinture pour la peinture, autoréférentielle au sens du formalisme des années 50/60. Bien plutôt une peinture ouverte ; ouverte au visible et, disons-le, à la représentation même dès lors que le « quoi peindre » ne renvoie plus à l’exigence tyrannique et inhibante du formalisme ou de l’expression.

Voilà pourquoi je parle plutôt de présence que d’expression. Voilà pourquoi, aussi, il est possible aujourd’hui de peindre un paysage et un coucher de soleil qui soient autre chose qu’une citation, une allusion ou un méta-discours de la peinture sur elle-même.

Certes, je ne peins pas de couchers de soleil ; mais d’autres le font.

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