Peinture d’ameublement

J’aime beaucoup l’idée de musique d’ameublement selon Satie.

Il doit exister, ou pouvoir exister de la même façon une peinture d’ameublement, qui aurait toute cette ironie et cette légèreté sérieuse que dit l’expression de Satie. Une ironie au parfum de bourgeoisie, qui rappelle ce que revendiquait Matisse à peu près à la même époque, rêvant d’une peinture « qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l’homme d’affaires aussi bien que pour l’artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d’analogue à un bon fauteuil qui délasse de ses fatigues physiques ». Tout cela est mou, sent les pantoufles et le fauteuil rocaille ; désespérément bourgeois, certes.

Pourtant quelque chose m’intéresse dans ce que ces propos disent incidemment d’un rapport intime à la peinture, dans la proximité close de la maison, du lieu privé. Il est  finalement question ici d’une forme spécifique de relation à l’art que l’on doit à une invention du XVIIe siècle : le tableau. L’invention, dans l’étroitesse de l’intérieur bourgeois, de ce panneau qui ne prétend pas affirmer l’expression somptuaire et intimidante d’un décor mural, mais d’offrir au regard la satisfaction de se contempler lui-même. Un rapport réflexif dont témoignent tant de portraits et de scènes de genre qui parlent de choses vues et que le tableau reconstruit dans un pur artifice.

Le tableau ; la construction du tableau ; la construction du regard, c’était la grande affaire de Cézanne. Cet autre bourgeois.

 

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