Dissection

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Giovanni Morelli mettait au point un procédé d’attribution des œuvres basé sur l’étude du détail. Avant d’être connoisseur, Morelli était anatomiste, et sa méthode relève de la dissection :  ne pas considérer le général (le style, la manière), mais le particulier ; le détail donc et son articulation en peinture. Parce qu’en échappant au contrôle de l’apprentissage, de l’attention soutenue dans la réalisation d’un programme iconographique et expressif, il devenait caractéristique d’un artiste, et en cela inimitable pour un copiste. Une sorte de lapsus pictural dont Morelli pensait ainsi qu’il se logeait dans une main, un ongle, une oreille, ou un drapé.

La méthode est devenu une curiosité historique (peut-être un peu rapidement d’ailleurs).

Mais une chose reste paradoxalement intéressante dans la pratique de Morelli : elle fait de la peinture un cadavre ; c’est à dire un corps dont, sous prétexte d’attribution, la connaissance passe par une proximité et une intimité qui sacrifie délibérément l’expression. Sacrifice pour parvenir au plus près de la peinture.

C’est aussi en partie comme cela que je travaille, notamment sur les drapés : en disséquant ce motif sans aucune visée expressive mais au bénéfice de la présence frontale et physique de la peinture, de la construction lente du geste et de ce qui, au final, devient un effet, un pur artifice.

Une forme de maniérisme en somme.

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