Être classique et régler ses comptes – I

Qu’est-ce que cela signifie au juste ?

Commençons par dire que cela a peut-être à voir avec ce que j’évoquais concernant l’absence de positionnement, volontaire ou pas, face à un ancrage historique de la peinture et à son inscription dans une sorte de taxinomie critique qui en assure la validité et la reconnaissance (ce qui revient au même) artistique. Une phrase bien théorique pour exprimer l’idée assez simple sinon d’un refus, du moins d’une sorte de méfiance à l’égard d’une peinture à programme ambitionnant un renouvellement ou un dépassement de ce qui s’est fait avant. En ce sens « classique » n’évoque pas le désir d’un retour à une période déterminée de la peinture, pas plus que la revendication d’une tradition dans laquelle il s’agirait s’inscrire.

Ce que je désignerais alors par classicisme s’apparente plutôt à une mémoire, c’est à dire un terrain imaginaire interrogeant précisément la distance qui nous sépare de la peinture du passé, fut-elle proche ou lointaine, et qui la rend nécessairement étrange. Poussin est étrange ; Andrea del Sarto est étrange ; mais Manet et Motherwell le sont aussi. Parce qu’au-delà de ce que je peux connaitre d’eux des points de vue historique, biographique, critique ou esthétique, ce qu’il m’en reste n’est que ce que je vois de leur peinture, dans leur peinture et qui me laisse nécessairement dans l’isolement, loin d’une époque que, fondamentalement, je ne peux pas connaitre. C’est cette méconnaissance pourtant nourrie d’étude que je nomme « terrain imaginaire » et qui peut-être est aussi celui qu’explore le Yves Bonnefoy de L’arrière-pays, ouvrage à mes yeux fondateurs de ces questionnements.

Restent seules les peintures, donc.

Que signifie alors « régler ses comptes » ? Je ne pourrais répondre à cela sans opérer un retour long et fastidieux sur mes peintures anciennes aussi je préfère prendre un exemple récent, par lequel je suis revenu à la peinture après une période d’inactivité : les drapés.

Ce sera l’objet du prochain article.

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